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Drink SOS
[03-12-2002] Par Alain Slivinsky
ÉcouteLa Tchéquie de tous les jours, ce sont surtout les fêtes de la fin de l’année qui s’annoncent, en ce début du mois de décembre. D’un autre côté, ce sont aussi les petits problèmes quotidiens. Par exemple, vous est-il arrivé de vous retrouver, sortant d’une bonne soirée, mais dans l’impossiblité de conduire votre voiture. Pourquoi ? Parce que vous avez pris un apéritif et un verre de vin, lors du dîner. En France, on dira, mais cela n’est rien, c’est permis. La situation n’est pas la même en Tchéquie. En effet, l’alcool est totalement interdit au volant. Que faire ? C’est le sujet de cette émission.
Si en France, ou dans la majorité des pays de l’Union européenne, un certain taux d’alcool est permis au volant, en Tchéquie, c’est zéro. Cela veut dire que même si vous ne prenez qu’une bière, ou un verre de vin, et que la police vous arrête pour un contrôle du taux d’alcoolémie, vous êtes cuit. Cela peut vous coûter une contravention, mais aussi la perte de votre permis pour un certain temps. Tout dépend du taux d’alcoolémie que vous avez présenté. Il n’est pas rare, à Prague, ou ailleurs, que les hommes ou les femmes d’affaires soient obligés de prendre leurs voitures pour se rendre à une réception, une soirée, un dîner d’affaire. Si la personne n’est pas vraiment un ennemi juré de l’alcool, il est, souvent, bien difficile de refuser un verre ou deux. Sans parler du fait qu’avec certains mets, il est bien difficile de boire de l’eau minérale ou de la limonade. Que faire ? Il y a plusieurs possibilités : prendre un taxi, ne pas boire, risquer le coup ou… ou utiliser les service de la société qui porte le nom de Drink SOS. Pour parler de cette possibilité, justement, j’ai été inspiré par une interview avec sa propriétaire, Slavka Harazimova, publiée dans le quotidien national, Lidove noviny.
Drink SOS… Qu’est-ce donc que cet animal là ? C’est une société, qui existe depuis sept années, déjà, et qui a su s’imposer sur un marché assez spécial des services. Drink SOS, c’est votre sauveur, si vous êtes en voiture et que vous avez bu. En quoi consiste ce service pas comme les autres ? Le principe est tout simple : le conducteur indisposé (qu’il ait seulement bu un ou deux verre ou soit ivre) appelle la centrale de la société, indique l’adresse où il se trouve et, dans les vingt minutes après, un chauffeur de la société arrive, remet le compteur kilométrique à zéro, prend le volant de la voiture du client et le ramène chez lui ou à l’adresse désirée. Il est suivi par une voiture de la société qui ramène, ensuite, le chauffeur à la centrale.
Vous vous demanderez, certainement : mais cela n’est probablement pas donné ? ! Naturellement, il faut payer, car la société Drink SOS est une entreprise et non pas une association de charité destinée à aider les buveurs. En fait, on peut dire que cela n’est pas si cher. Jugez-en vous-mêmes : trente couronnes le kilomètre, donc un euro. Si on se représente que l’on ne paie qu’un peu moins en prenant un taxi (à condition que le chauffeur de taxi ne vous vole pas) l’affaire est intéressante. En plus de cela, vous êtes chez vous, dans votre voiture, ce qui est, très certa inement, plus confortable.
Quels sont donc les clients de cette société de services pas comme les autres ? Selon la patronne, Slavka Harazimova, il y a 5 % de clients étrangers. Le reste, ce sont des Tchèques. Environ 80 % des clients utilisent fréquemment les services de la société. Il serait difficile de dire quel est le client typique. En effet, il ne s’agit pas seulement de ramener à la maison le patron qui a trop bu, mais plutôt les personnes qui prennent leur responsabilité et respectent le code de la route. Il ne s’agit pas, non plus, seulement que de l’alcool. Il existe bien d’autres indispositions. Il peut s’agir, aussi, d’une personne qui se retrouve immobilisée avec sa voiture, en cas de verglas. La cliente, c’est aussi, l’épouse qui veut aller attendre son mari à l’aéroport avec sa voiture, mais qui n’a pas le permis, ou tout simplement, n’aime pas conduire dans les grandes villes. Les appels à l’aide à la société, Drink SOS, sont les plus fréquents entre 23.00 et deux heures du matin.
La propriétaire de Drink SOS parle aussi des cas les plus intéressants, dans l’interview publié par le quotidien Lidove noviny. Le plus long trajet ? Prague – Budapest. Un appel est arrivé, tard dans la soirée d’un grand cabinet de consultants. A la question, ce sera pour aller où, la réponse a été : à Budapest. Le chauffeur de la société a seulement pris le temps d’aller chercher son passeport à la maison, de demander comment on disait en hongrois « Où est la gare ferroviaire », et il est parti. D’autres clients spéciaux ? Un chauffeur de poids-lourd qui avait besoin de se rendre à la frontière. Un chauffeur de gros camion qui venait d’apprendre la naissance de son premier-né et qui avait un peu trop fêté l’événement. Il ne fut pas facile de trouver un chauffeur pour le camion Tatra, un trente tonnes ! Tout comme un chauffeur pour un autobus.
Le plus gros problème de la société est représenté par la concurence déloyale de certains anciens employés, chauffeurs, qui ont préféré ouvrir leur propre société, en utilisant les expériences et les contacts de leur ancien employeur. Un autre problème, le client qui est ivre, commande le service, mais y réfléchit après, et ne veut plus se laisser conduire chez lui. Les employés se sentent responsables et tentent, toujours de persuader le client que cela est pour son bien. Surtout dans les cas, où il a vraiment trop bu. A noter encore que si la voiture de la société est obligée d’attendre le client, qui n’a pas envie de quitter le bar de nuit, on compte en plus de l’euro au kilomètre, cinq centimes à la minute d’attente de supplément.
Pour la société Drink SOS, la discrétion est de règle. Naturellement, elle est la cible de la presse à sensation. La directrice admet que 20 % des clients sont des personnes qui seraient des plus intéressantes pour les médias. Naturellement, il est impensable que la société divulgue des informations sur ses clients, car cela conduirait à la perte de confiance et à la faillite. A la fin de l’interview, Slavka Harazimova, affirme en riant que sa société, du moins ses employés, sont même plus fermes que les épouses des clients qui n’ont pas envie de quitter le bar. Certains utilisent les services de la société du fait, justement, qu’ils ont toujours du mal à ne pas prendre, encore, un dernier verre…
Alain Slivinsky, Radio Prague